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Génération « Argentina 90 » : rencontre avec Burman (En attendant le Messie)
Rencontre
GÉNÉRATION « ARGENTINA 90 » : BURMAN Y LOS OTROS
Depuis environ un an, on parle de plus en plus en France de l'émergence d'une nouvelle génération de cinéastes argentins. Un nombre impressionnant de jeunes réalisateurs de ce pays remportent des prix dans les différents festivals, sont salués avec enthousiasme par les critiques et bénéficient d'une distribution commerciale en France.
Tout récemment nous avons assisté à la sortie nationale de « Mundo grua », de Pablo Trapero, et à la présence de deux films argentins au Festival de Cannes, « La libertad » de Lisandro Alonso, et « Bolivia », de Israel Adrian Caetano, tous les trois chaleureusement accueillis par la presse et le public français.
En Argentine, on les appelle « Génération des années 90 ». Il s'agit d'un groupe d'individualités surgi d'un phénomène caractéristique de cette décennie : la prolifération hors du commun des écoles de cinéma en Argentine.
Phénomène paradoxal, car il coïncide avec une grave crise économique du pays. Pourtant, bénéficiant d'une formation solide et d'une nouvelle loi du cinéma (1994) qui prévoit des aides à la production, un nombre important de ces jeunes cinéastes ont pu prouver leur talent à travers des films d'une grande diversité.
Composé de personnalités fort différentes, qui ne souscrivent pas à un programme explicite, ce groupe se détache surtout par son éloignement de la rhétorique du cinéma de la génération antérieure, et par la multiplicité de regards qui offrent un portrait juste d'une époque et d'un pays en crise.
En outre, ce qui semble unir tous ces jeunes, c'est une volonté inébranlable de faire des films, même avec peu de moyens, et de se mettre ensemble afin que ces films soient possibles. Car il s'agit de films nécessaires, en tant qu'affirmation d'une génération et de sa liberté créatrice.
Daniel Burman fait partie de cette génération. A ses 27 ans, il est fort d'une expérience appréciable dans les domaines de la réalisation et de la production cinématographiques.
Il a déjà réalisé deux longs métrages. Le premier, « Un crisantemo estalla en cinco esquinas » a été remarqué à Berlin, Sundance, La Havane, San Sebastian, Biarritz, etc. Le deuxième,
« En attendant le Messie » a été chaleureusement accueilli dans différents festivals français, notamment à Biarritz et au Festival du Film de Paris, où il a reçu le Prix du Public. En tant que producteur, il a collaboré à « Plaza de Almas » de Fernando Diaz (Prix du Public à Biarritz), et à « Garage Olimpo » de Marco Bechis (sélectionné à Un Certain Regard, Cannes 1999).
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Un entretien réalisé par Silvia Balea, Directrice du cinéma "Le Latina"
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Silvia Balea - Daniel Burman, comment vous situez-vous à l'intérieur de cette nouvelle génération de cinéastes argentins ? S'agit-il vraiment, selon vous, d'une « génération » ?
Daniel Burman - Il s'agit d'une génération dans le sens strict du mot, c'est-à-dire une communauté d'âge, mais il ne s'agit pas d'une génération liée par un choix esthétique ou par une thématique commune. Nous sommes, pour la plupart, des amis. Ce que nous avons en commun ce sont, à mon avis, deux choses.
Premièrement, nous faisons un cinéma sans trop de spéculations, sans ressentir cette nécessité du cinéma latino-américain d'être du cinéma latino-américain, sans cette préoccupation discursive qui caractérisait le cinéma d'après la dictature. C'est un cinéma sans préjugés.
Deuxièmement, il n'y a pas de compétition entre nous. Si ça va bien pour l'un, c'est que ça va bien aussi pour les autres. Nos relations sont essentiellement de coopération et de collaboration.
Silvia Balea - Ne trouvez-vous pas que le cinéma de votre génération colle davantage à la réalité argentine ?
Daniel Burman - Si, notre cinéma colle plus à la réalité par contraste avec ce cinéma militant dont je parlais, qui était plus attaché à un rêve, à une idéologie, à une réalité désirable ...
Silvia Balea - Il s'agit également, peut-être, dans le cadre de cette génération, d'un nouveau type de production cinématographique ?
Daniel Burman - Oui, en effet, il y a une plus grande flexibilité dans les modes de production : le réalisateur est aussi producteur, ou un réalisateur peut devenir producteur d'un autre.
Silvia Balea - On assiste aussi à une implication plus importante de l'État dans la production cinématographique.
D. B. - Certainement, nous avons bénéficié d'un fort appui de la part de l'Institut National du Cinéma et des Arts Audiovisuels.
Silvia Balea - Parlons un peu de votre dernier long métrage.
« En attendant le Messie » raconte deux histoires parallèles déclenchées par la faillite d'une banque...
Daniel Burman - Il s'agit de deux histoires qui sont apparemment très différentes mais qui racontent, en réalité, la même chose. À partir d'une tragédie externe – si externe et « globalisée » que la faillite d'une banque dont le maître est quelqu'un que personne ne connaît – l'un des personnages, Santamaria, perd son travail, qui le « contenait » socialement. Il est quitté par sa femme, reste à la rue et devient un exclu social de plus.
A partir de cette exclusion, il doit se chercher une nouvelle identité, étant donné qu'il a perdu celle qu'il avait auparavant. Il trouve cette nouvelle existence sociale à travers une sorte de relation d'amour, de compassion, de camaraderie. Il forge quelque chose de semblable à une famille... une famille d'exclus.
D'autre part, il y a Ariel, un adolescent appartenant à la classe moyenne juive dont la famille perd tout à cause de la faillite de la banque. Et justement au moment où il doit aider à la reconstruction de l'entreprise familiale, Ariel se rend compte qu'il ne veut pas de cet avenir-là mais d'un autre. Il va à la recherche de son identité comme partie
intégrante de cette chaîne de valeurs qu'est la tradition, et cela coïncide avec une
recherche encore plus complexe, celle de son identité en tant qu'être. Ces deux recherches se joignent.
Bien que les deux personnages soient très différents, la recherche est la même : les épreuves de la quête d'identité ne sont pas réservées à la classe moyenne psychanalysée. Elles sont communes à tout le monde.
Silvia Balea - Oui, de ce point de vue, le film est très riche. Mais il y a aussi quelque chose d'autre : « En attendant le Messie » est une fable urbaine. Et il me semble y déceler une manière particulière de filmer la ville de Buenos Aires. Est-ce que cela correspond à un choix esthétique de votre part ?
Daniel Burman - J'aime cette ville, mais j'aime montrer sa laideur et non pas son aspect pittoresque. J'aime filmer ses mouvements, ses bruits, son désordre, son chaos. J'aime faire en sorte que les histoires individuelles ressortent avec plus de prégnance dans ce milieu un peu exacerbé.
Silvia Balea - Revenons au titre du film : « En attendant le Messie ». Qui est donc ce Messie... ?
Daniel Burman - Ce Messie n'est pas quelqu'un qui descend du ciel, change tout et te porte au Paradis, mais il y a toute une série de Messies laïcs que l'on rencontre dans la vie de tous les jours, et qui vous aident à surmonter le drame d'être vivant, pour ainsi dire.
Le Messie de Santamaria est une femme qui le conduit chez elle... C'est cela, le Messie. Ce n'est pas quelque chose de l'Au-delà. Ce qui n'est pas en contradiction non plus avec une pensée religieuse. Tant que l'on attend l'arrivée de ce quelque chose de si merveilleux, on est là, et on est vivant.
Silvia Balea - Votre film sort le 12 septembre. Déjà, il a été très bien accueilli dans les différents festivals français. Etes-vous surpris ?
Daniel Burman - Oui. En France, le niveau du spectateur est très haut. Le fait que le film soit apprécié ici est d'une grande importance pour moi.
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Sortie nationale le 12 septembre
EN ATTENDANT LE MESSIE : un messianisme bien terrestre...
Dans le deuxième long métrage du jeune réalisateur argentin Daniel Burman, on n'attend pas le Messie comme on attendrait Godot. Pourtant, l'Argentine moderne de l'après-Menem, dont le film est le reflet, pourrait bien se prêter à ce jeu. Burman choisit de nous livrer un autre message. Malgré son titre, le film n'est ni strictement religieux, ni désespérément
absurde.
« En attendant le Messie » croise le parcours de plusieurs personnages que le hasard rapproche. Dans un monde « globalisé », un krach à Tokyo peut avoir une influence décisive sur le sort de quelqu'un qui vit à Buenos Aires. C'est le point de départ du film. La faillite de leur banque bouscule les vies de Santamaria et Ariel.
Santamaria, qui est un employé, perd son travail, est rejeté par sa femme et se retrouve à la rue. Ariel est un jeune juif à qui son entourage désigne la mission de maintenir l'entreprise familiale malgré le coup porté par cette faillite.
Les deux personnages sont confrontés à un problème d'identité : l'un doit se redéfinir à partir des changements radicaux intervenus dans sa vie, l'autre doit trouver son chemin entre les exigences de sa communauté et ses désirs profonds. Trouver son identité, une question de survie...
Dans ce film où l'on attend le Messie, le grand sauveur, c'est finalement la rencontre des autres, de ces petits Messies bienveillants que l'on croise tous les jours, et qui sauvent nos personnages ...
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