Francosphère – EUROPE "LE CHOIX DE LA FRANCE", par Paul-Henry GENDEBIEN
Paris, 06-01-2002 -Avec " LE CHOIX DE LA FRANCE, un avenir pour la Wallonie et Bruxelles ", Paul-Henry GENDEBIEN, de nationalité belge mais avant tout " français de Wallonie ", et fondateur du parti réunioniste RWF-RWB, signe un ouvrage remarquable. A la fois outil pédagogique d’initiation au décryptage du mythe de la " belgitude ", livre d’histoire commentée et éclairée par la mise en perspective géopolitique, livre d’analyse de la décomposition annoncée de la " Belgique ", livre riche, enfin, de propositions pour construire un avenir. " LE CHOIX DE LA FRANCE " a remporté le 1er " Trophée VOX Latina de la Francité "(section Europe)
Francosphère - EUROPE
" LE CHOIX DE LA FRANCE, un avenir pour la Wallonie et Bruxelles ",
de Paul-Henry GENDEBIEN
Un livre remarquable, présenté par Alfred MIGNOT
---
VERS UNE WALLONIE (à nouveau) FRANÇAISE ?
Paris, 06-01-2002 - Le premier mérite, pédagogique, du livre de Paul-Henry Gendebien, c’est peut-être de commencer l’histoire de la fiction belge par le début, par cette année 1830 où le talent des diplomates imposa sa solution face aux craintes des puissances européennes de se retrouver confrontées à une nouvelle guerre, et à la fragilité du pouvoir politique français.
En effet, où en est la France lorsque les troubles contre l'occupation hollandaise éclatent à Bruxelles , à la fin août 1830 ?
Trois semaines avant seulement, le 9 août 1830, Louis-Philippe est devenu roi des Français (et non plus roi de France). C’est au peuple de Paris en révolte contre les Ultras de Charles X (les Trois Glorieuses, 27, 28 et 29 juillet) que ce monarque constitutionnel et " intérimaire " – il sera démis par une autre révolution, en 1848 – doit son accès au trône…
En août 1830, quinze années à peine séparent ces événements de la défaite de Waterloo, à la suite de laquelle, menacée de démembrement par la Sainte Alliance des monarchies réactionnaires, la France ne dut sa survie qu’à l’acceptation de la restauration, en la personne de Louis XVIII.
Autant dire qu’en août 1830, la France n’est pas encore guérie du syndrome de Waterloo – s’en est-elle jamais remise, d’ailleurs ? – et que Louis-Philippe, à peine intrônisé, a vraiment beaucoup à faire dans son nouveau, fragile royaume. Aussi, lorsque certains Wallons songent à placer son fils sur le trône de la Belgique en cours " d’installation " – au sens contemporain, comme on installe certaines expositions d’art, note Paul-Henry Gendebien –, Louis-Philippe refuse, sachant bien que la France fait encore figure d’épouvantail en Europe, et qu’une annexion de la Belgique, même par procuration filiale, pourrait remettre la Sainte Alliance en guerre contre la France. C’est ainsi que, par défaut dirions-nous, le prince allemand Léopold de Sawe-Cobourg devient le roi des Belges. On lui arrange vite un mariage avec la princesse Louise-Marie, fille de Louis-Philippe, lequel accepte cette fois avec empressement.
Grand artisan de cet " artefact " (P.-H.G.), véritable œuvre de l’art diplomatique : l’incontournable Talleyrand, toujours là en 1830, après avoir servi tant la Révolution que Napoléon, puis la Restauration.
La suite de l’histoire – et du livre de P.-H.G. – nous montrera que cette " œuvre d’art " de Talleyrand ne pouvait certes pas durer pour l’éternité des siècles. Mais là n’était certes pas le but recherche par le " Prince des Diplomates ", tout préoccupé à préserver " l’équilibre des puissances en Europe " afin de garantir une période paix et de stabilité à la France, laquelle en avait bien besoin.
Toujours est-il que la " Belgique " est née de cette crainte française, mais aussi européenne et principalement anglaise, d’un risque de déstabilisation du continent. Personne ne fut là pour la revendiquer pour elle-même : aucune nation, aucun peuple " belge " pour revendiquer un Etat " belge ", une monarchie " belge ", et encore moins une identité " belge ". La " Belgique ", vocable qu’il faudrait toujours écrire entre guillemets, c’est en quelque sorte la création par le vide, un lieu de nulle part destiné à seulement assurer sa fonction isolante – comme un double vitrage isolant, pourrait-on dire – entre plusieurs protagonistes provisoirement épuisés par un quart de siècle de guerres.
Pour remplir son rôle d’Etat-tampon, la " Belgique " se devait donc d’être neutre, et cela fut inscrit dans sa Constitution. La " Belgique " se devait aussi d’être forcément " monarcho-unitaire ", ne serait-ce que pour légitimer la fonction de roi des " Belges ", petit nouveau adoubé par d’autres monarques, et autrement plus puissants. C’est ainsi que les Flamands et les Wallons, qui n’en demandaient généralement pas tant, devinrent " Belges "…
Le premier objectif que Talleyrand s’était fixé – assurer une paix européenne à la France, – fut largement atteint dans la première moitié du XIXème siècle, puisqu’il fallut attendre les années 1860-1870 pour voir la France impliquée dans des conflits européens, l’un en soutien à la guerre d’indépendance italo-piémontaise contre l’occupant austro-hongrois, l’autre face à l’agression prussienne contre la France, en 1870.
En revanche le second objectif, créer un royaume de Belgique unitaire, se révéla assez vite un " artefact " dont la réalité s’effilocha assez vite, jusqu’à devenir quasi inexistante aujourd’hui. Une réalité tellement insignifiante à ce jour que désormais des questions toutes simples s’imposent : la " Belgique " existe-t-elle encore ? comment peut-on être " Belge " aujourd’hui ? et pour quoi faire ?
Pas à pas, la lecture de l’ouvrage remarquable de Paul-Henry Gendebien nous apporte des éléments de réponse, conduisant le lecteur de bonne foi jusqu’à une inéluctable conclusion, laquelle s’impose avec toute la force de l’évidence.
NATION FLAMANDE ET PEUPLE WALLON
- Comment la Flandre déconstruit la Belgique -
Dès 1840, soit dix ans à peine après l’apparition de l’artefact belge, une pétition contre la minorisation de la langue flamande dans l’administration, la justice, l’armée et l’enseignement voit le jour. En 1847, le poète Henri Conscience, auteur de la fameuse épopée patriotique, De Leeuw van Vlaanderen, Le Lion des Flandres (1838), publie avec l’aide de quelques amis, un Manifeste du mouvement flamand.
En 1856, le gouvernement De Decker crée une " Commission des griefs flamands ", puis, " à partir de 1873 et jusqu’à nos jours, écrit Paul-Henry Gendebien (p. 80), la législation ne cessera de reconnaître, de consolider et d’augmenter les droits des Flamands, de leur langue, de leur culture ".
Avec de " hauts faits d’armes ", ajoutons-nous, qui culminent avec la " flamandisation " de l’université de Gand, en 1930, où tout enseignement en français se trouve désormais banni, ainsi qu’à l’université de Louvain, en 1968 et, " plus récemment, en novembre 2000, l’interdiction des messes en français à l’église de Wezembeek-Oppem. Veto opposé par la tutelle flamande à la subsidiation [subvention] d’une bibliothèque locale francophone à Rhode-Sainte-Ganèse. Bannissement de la langue française des délibérations de conseils communaux, même à majorité francophone. Et, depuis longtemps, les théâtres d’Anvers, de Gand, d’Ypres ou de Courtrai refusent toute manifestation en provenance de de la Communauté française. " (p.81-82).
Le paradoxe dans toute cette histoire, c’est que depuis le début, les Flamands ont réussi à se poser en victimes de la " Belgique " francophone, sinon francophile, en minorité opprimée, bien sûr...
Rien n’est plus faux : la population flamande a toujours été majoritaire en Belgique (60 %), et elle n’a pas manqué d’imprimer sa marque constante sur le gouvernement du pays : " En 1878, sur neuf gouverneurs de province, sept sont originaires du pays flamand. (...)
De 1834 à 1918, tous les Premiers ministres, à l’exception d’un seul, ont été élus dans une circonscription flamande. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Par exemple, de 1895 à 1902, les budgets des travaux publics (ports, chemins de fer, routes, canaux, musées, bâtiments publics) sont répartis à raison de 12 % en Wallonie, 7 % à Bruxelles, 81 % en Flandre. On voit bien, souligne P.-H.G., que la Wallonie ne peut être accusée du retard culturel ou économique qui a frappé la Flandre au XIXème siècle. " (p.83)
Aujourd’hui, le nationalisme flamand, très fortement porté par un électorat de droite et d’extrême droite, considère la Wallonie " comme une entrave au développement de la Flandre " (p.84), et a commencé de mettre en place un dispositif fiscal différencié, " afin de supprimer les transferts sociaux. " (p.84)
Déjà presque entièrement indépendante, la Flandre affirme clairement son objectif (p.86) : devenir Een Vlaamse Staat in Europa : un Etat flamand en Europe.
La " Belgique " existe-t-elle donc encore ? Ou, plus exactement : dans combien de mois, ou d’années, cette fiction cessera-t-elle définitivement d’agoniser ? Ce sont les Flamands qui décideront du moment, estime l’auteur...
LE LOYALISME DU PEUPLE WALLON
- L’épuisement du mythe de la " belgitude " -
" En Flandre surtout, le courant politique dominant consiste à dire que l’existence d’un sentiment national belge est un mensonge historique. (…) la séparation morale [est] de plus en plus forte entre les Flamands et les francophones ", écrit l’historien Jean Stengers, cité par P.-H.G., page 111.
Face au nationalisme flamand qui veut créer son propre Etat, le peuple wallon s’est montré constamment prêt " à payer ", par des concessions sans cesse renouvelées, pour son loyalisme à la fiction d’un l’Etat belge monarcho-unitaire d’esprit, originellement fédéral en droit, et finalement séparatiste, de fait. Tel a été, est peut-être encore, le sentiment général parmi les Wallons, ce à quoi il faut ajouter le conformisme conservateur des " élites " dirigeantes…
Mais il est vrai, aussi, que certains Wallons ne furent jamais dupes.
Ainsi, nous apprend P.-H.G. (p.9), " en 1912 déjà, le député socialiste et futur ministre Jules Destrée – une des figures de proue du mouvement wallon – s’adressait au roi Albert 1er (…) : " Laissez-moi vous dire la cérité, la grande et horrifiante vérité : Sire, il n’y a pas de Belges. J’entends par là que la Belgique est un Etat politique, assez artificiellement composé, mais qu’elle n’est pas une nationalité (…) Non, Sire, il n’y a pas d’âme belge. La fusion des Flamands et des Wallons n’est pas souhaitable et, la désirât-on, il faut constater qu’elle n’est pas possible. "
Pour Destrée, continue Paul Henry- Gendebien, " s’il n’y avait pas de Belges, c’est parce qu’il n’existait que des Flamands et des Wallons. C’est pourquoi il exige la séparation administrative, c’est à dire un fédéralisme avant la lettre. Ce que l’on ignore généralement, c’est la réaction du Roi. Dans une lettre à son secrétaire privé, Albert 1er commente ainsi les propos de Destrée : " Tout ce qu’il dit est absolument vrai, mais il est non moins vrai que la séparation administrative serait un mal entraînant beaucoup plus d’inconvénients et de dangers de tout genre que la situation actuelle ". " Ainsi, conclut P.-H.G. sur ce point, le Roi partageait-il, sinon la solution proposée, à tout le moins le diagnostic de Jules Destrée. "
Aujourd’hui, la séparation " administrative " que redoutait tant le roi est quasi totalement accomplie, et la séparation fiscale – différentiel régional des impôts sur les revenus et les sociétés – bien amorcée (pp.153-154).
| |