Francosphère – France-Québec, Loi 86, anglais au primaire : Louise BEAUDOIN répond aux lecteurs de VOX Latina
Lors de sa conférence de presse tenue en la résidence du Délégué général du Québec, à Paris vendredi 18 janvier, la ministre québécoise aux relations internationales et à la Francophonie, Mme Louise Beaudoin, est revenue sur plusieurs thèmes qui lui sont chers – notamment francophonie et diversité culturelle, francophonie et mondialisation – et qu’elle avait précédemment abordés dans son intervention du 11 janvier, à la Conférence ministérielle de la Francophonie, que nous reproduisons à la fin du présent article.
Francosphère – France-Québec
Loi 86, anglais au primaire… :
la ministre Louise BEAUDOIN répond aux lecteurs de VOX Latina
Voici, d’abord, les sujets abordés à la conférence parisienne du vendredi 18… suivis par les réponses de Mme la ministre Louise Beaudoin aux lecteurs de VOX LATINA.
France et Québec à Porto Alegre
La France et le Québec seront très représentés au Forum social de Porto Alegre, (Brésil, 1-4 février) avec respectivement des délégations de 500 et 80 personnes.
" J’y serai, en qualité de déléguée du gouvernement québécois ", a confirmé la ministre. Dans cette perspective, elle a précisé avoir eu plusieurs entretiens bilatéraux avec des ministres français – Hubert Védrine pour les Affaires étrangères, Charles Josselin pour la Francophonie, Guy Hascoüet pour l’économie solidaire –, mais aussi des personnalités de l’opposition, dont Nicolas Sarkozy, ancien minstre chiraco-balladurien des finances.
" Notre conviction commune, a-t-elle déclaré, est qu’il faut réguler la mondialisation. (…) Aujourd’hui, c’est par le prisme de la mondialisation qu’il nous faut actualiser notre engagement pour la souveraineté (…) Si nous voulons continuer à vivre en français au Québec, il faut que nos deux sociétés, française et québécoise, se concertent étroitement pour les grandes affaires stratégiques. (…) Nous savons bien que la France est fortement engagée dans le processus européen. Mais elle doit aussi maintenir son intérêt pour la francophonie. Nous, Québec et France, en sommes le moteur. Nous devons continuer à avoir cet arrimage. "
C’est pourquoi, devait expliquer la ministre, elle tenait à avoir plusieurs entretiens bilatéraux avec ses homologues français, avant de se rendre à Porto Alegre.
Sur place, Mme Beaudoin participera à l’atelier " diversité linguistique et culturelle ", nouveauté créée à l’initiative du FFI-France et à laquelle s’est ralliée la section française d’Attac. (à ce sujet voir, sur voxlatina.com, le forum intitulé " Notre action à Porto Alegre "). Par ailleurs, le Québec, reconnu " en avance " sur les questions d’économie solidaire, sera à l’honneur sur ce thème, toute une journée lui étant consacrée.

Etudiants France-Québec
Regrettant " les belles années 68 ", époque où les étudiants québécois en France avoisinaient les 4 000, la ministre a signalé s’être entretenue avec Jack Lang, ministre français de l’Education. Celui-ci envisage des mesures énergiques pour relancer les échanges universitaires entre la France et le Québec, notamment via le la redynamisation du Centre de coopération universitaire franco-québécois, ainsi que par l’ouverture des Universités d’été européennes aux étudiants québécois, mesure que Mme Beaudoin a demandée à Jacques Lang, lequel s’en fera le relais au niveau européen.
Par ailleurs, l’idée de création de chaires franco-québécoises a été émise par les deux ministres, ainsi qu’une activation du réseau des universitaires québécois demeurant en France. " Aujourd’hui, nous avons quelque 4 000 étudiants français au Québec. Nous souhaitons que les étudiants québécois (aussi) retrouvent le chemin de la France ", a conclu la ministre Louise Beaudoin.
Le Québec, Beyrouth et l’après-Boutros
Sur le sujet de l’élection du prochain secrétaire général de l’OIF, poste aujourd’hui occupé par l’ancien secrétaire général de l’ONU, M. Boutros Boutros-Ghali, la ministre a rappelé la position déjà connue du Québec : " Notre souhait est celui d’un consensus autour d’un candidat africain. C’est notre position constante depuis le sommet de Hanoï de 1997, où il avait convenu qu’après M. Boutros Boutros-Ghali, un consensus devrait se faire autours d’un Africain pour l’élection suivante ".
Concernant cette fois le report du sommet de Beyrouth, qui devait se tenir en octobre 2001, la ministre a regretté cette décision : " J’étais désolée que le sommet ne se tienne pas. Pour cette simple raison : si la Francophonie veut exister, il faut aussi qu’elle se prononce lorsque le monde ese entraîné dans la tourmente. Il faut que la Francophonie existe même quand c’est chaud ! C’est bien cela qui la justifie…Dommage qu’on n’ait rien eu à dire, surtout à Beyrouth, carrefour de plusieurs mondes : nord-sud, Orient et Occident… Je plaiderai en faveur du maintien du prochain sommet à Beyrouth. "
LA MINISTRE RÉPOND AUX LECTEURS DE VOX LATINA
France-Québec : ingérence, indifférence, accompagnement…
Vox Latina – Dans la perspective d’un futur référendum sur l’indépendance, la fameuse formule française " ni ingérence ni indifférence " vous paraît-elle toujours pertinente, au regard des relations particulières entre nos deux pays ?
Mme Louise Beaudoin – Il faut cesser de rapporter cette formule. Depuis la présidence de M.Valéry Giscard d’Estaing, la position constante de la France est la suivante : " Quel que soit le choix du Québec, la France l’accompagnera ".
Je l’ai dit et répété, c’est pour nous la formule optimale. Le président Chirac tout comme le premier Ministre Jospin l’ont également affirmé. Pour nous Québécois, c’est un acquis.
La Loi 86
Vox Latina – Au nom des lecteurs québécois, et militants indépendantistes, de Vox Latina : pourquoi votre gouvernement n’abroge-t-il pas la loi 86 sur l’affichage bilingue ?
Mme Louise Beaudoin – Il n’y aura pas d’abrogation de la loi 86, cela a été décidé par le gouvernement. Il apparaît que c’est la meilleure solution, car si la vigilance s’impose toujours, il est incontestable que la prédominance du français est acquise au Québec. Le maintien de cette loi, c’est bien ce que nous a recommandé la Commission des Etats généraux sur l’avenir et la qualité de la langue française, présidée par Gérald Larose, que j’avais d’ailleurs nommé à cette mission, et qui n’est pas réputé pour être un " mou " en cette matière.

L’anglais au primaire
Vox Latina – Egalement au nom des lecteurs québécois, et militants indépendantistes, de Vox Latina : pourquoi votre gouvernement veut-il faire apprendre l’anglais aux enfants québécois dès la troisième année du primaire, et à partir de l’année prochaine. Certains parlent d’ " anglicisation " …
Mme Louise Beaudoin – Nous tenons à ce que les jeunes québécois, lorsqu’ils quitteront l’école secondaire, maîtrisent deux langues supplémentaires. Et nous disons : l’anglais d’abord. Pourquoi ? Parce que nous vivons en Amérique du Nord, et qu’il nous faut assurer l’interface avec nos voisins, Canadiens anglais et Américains. Ce ne sont pas les 250 millions d’Américains qui se mettront au français pour assurer l’interface ! Quant aux Canadiens anglais, je vous dirai que la politique de bilinguisme est un échec car, hors Québéc, seuls 10 % des anglophones sont bilingues, les recensements l’attestent.
Vous savez, nous sommes sept millions de Québécois. Notre marché intérieur étant trop petit, nous sommes un peuple de marchands. Nous exportons donc plus de la moitié de notre PIB, essentiellement vers le Canada et les Etats-Unis. CQFD . Donc il faut que les Québécois, individuellement, soient trilingues, pour partir à la conquête du monde ! Je dis bien " individuellement ", et non " institutionnellement ". Car institutionnellement , le Québec est français, pour son administration et ses institutions.
Entretien réalisé par Alfred MIGNOT
Paris, 18 janvier 2002
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À LA CONFÉRENCE MINISTÉRIELLE DE LA FRANOCPHONIE
(Paris, 11 janvier 2002)
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