Persona grata : ESTHER KAMATARI, LA PRINCESSE DE L'HUMANITAIRE
A l'occasion de la parution de son livre, deux portraits croisés d'Esther KAMATARI, vraie princesse burundaise mais surtout connue pour être devenue une grande dame de l'action humanitaire, au bénéfice des enfants d'Afrique. Par François de la Chevalerie et Bruno del Carlo.
ESTHER KAMATARI, PRINCESSE DES RUGOS
par François de la Chevalerie
Sur les collines verdoyantes de l’Afrique australe, Esther Kamatari, princesse de son état, fille d’Ignace Kamatari, frère du roi Mwambutsa IV voit délicatement le jour dans les années cinquante. Portée par une grâce naturelle, une curiosité sans faille, son enfance est ensoleillée par des douceurs et une myriade d’anecdotes... En 1964, cette quiétude est sévèrement balayée par la hargne des hommes, leurs démons et leurs morts.
Son père est assassiné d’une balle dans le cœur. L’indicible peine… Elle s’en souvient encore comme si ce fut hier, ce moment où l’on ne sait plus, où l’on apprend aussi à vivre.
Blessée dans sa chair, elle se tourne alors vers d’autres horizons.
C’est le grand saut, elle part, là-bas en Europe, pour connaître, apprendre, peut-être aimer. Là où elle passe, sa beauté irradie, son sourire subjugue. Vite délaissées les engloutissantes brumes du nord où elle séjourne un moment, elle commence une vie de nomade allant et venant sur des tréteaux foisonnant de couleurs.
Esther conquiert naturellement le monde très prisé de la haute couture. Mugler, Beretta, Issey Miyake, Cacharel, Rabanne, Kenzo et tant d'autres se meuvent autour d’elle. L’un apprêtant telle robe, l’autre raccourcissant telle jupe, tel manteau. Rome, Paris, toutes les citadelles s’inclinent.
Prostrés dans l’ombre, les hommes admirent ce regard sûr défiant la médiocrité, cette débauche de dignité. Esther Kamatari, noire, mannequin et Princesse de sang royal devient une des lumières du monde irrémédiablement éphémère de la mode. Mais tout n’est pas facile, tout se gagne, la reconnaissance comme l’amour ! Lorsqu’elle rencontre pour la première fois la famille bien française de son futur mari, elle s’en sort, dit-elle, avec les honneurs.
Livrée à cet immense bonheur, elle n’oublie pas son " peuple patient et tranquille ", son enfance, son père défunt, ses frères et sœurs. Au faîte de la gloire, elle prend d’ailleurs l’histoire à témoin. Toute resplendissante, habillée en Joséphine Baker, elle défile au Louvre devant 2 000 personnes enchantées. Joséphine, la petite femme misérable de l’Alabama portant l’oriflamme de la France libérée sur les Champs Elysées, en 1944.
Esther, brûlant à l’idée de rappeler à des chroniqueurs avides d’élégance qu’elle est une femme de son temps, engagée et combattante. Dans les années 80, elle devient le porte-parole de son peuple. Forte de sa renommée, elle s’emploie activement à redonner de la joie, du bien être, de l’éducation aux enfants délaissés du Burundi.
Elle remue alors ciel et terre, la France et ses ministres, l’Unesco ou le H.C.R., pour contribuer à essuyer leurs larmes. Elle crée une association qui puise sa philosophie dans la solidarité ancestrale du peuple Burundais, le rugo. Ce lieu où l’on apprend la vie. Ce lieu de transmission, de connaissance. Ce lieu d’accueil, d’aide. Mais la tâche est rude, la bêtise des hommes n’a pas de limites, le Burundi plonge dans les ténèbres. Elle, qui récuse la haine entre Hutus et Tutsis. Elle, pour qui son peuple n’en fait qu’un. Elle s’insurge, lutte toujours, toujours plus...
Et si d’aventure, Madame, un jour, le titre de Présidente de votre pays devrait vous échoir, on se souviendra alors de vos mots, de votre optimisme : " J’ai vu mon pays debout, je l’ai vu se casser la jambe, mes enfants le verront se relever. " Tel est le message d'espérance que nous délivre Esther Kamatari dans son livre-témoignage, "Princesse des Rugos".
François de la Chevalerie
"Princesse des Rugos"
par Esther Kamatari
Bayard Centurion
Prix : 14,97 E
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Rencontre :
ESTHER KAMATARI, PRINCESSE DE L'HUMANITAIRE
un entretien réalisé par Bruno del Carlo
Nièce du dernier roi du Burundi, Mwambutsa IV, premier mannequin noir après avoir été infirmière, la belle Esther qui a défilé pour les plus grands couturiers et fut même élue Miss Fashion (Miss Mode) en 1979, est devenue la Princesse de l’humanitaire. Consacrée l’an passé par l’UNESCO comme l’une des douze " African Ladies" (un titre dont elle est très fière) pour son action précisément auprès des plus démunis, Esther Kamatari fourmille de nouveaux projets qui ne se limitent plus au petit Burundi.
La Princesse Esther Kamatari ne fait pas les choses à moitié. Quand elle organise - comme en mai dernier à Paris en compagnie de l’ancien ministre de la Coopération Jacques Godfrain - un concert exceptionnel à la Sainte-Chapelle en faveur des orphelins et enfants handicapés d’Afrique noire, le patron des patrons Ernest-Antoine Seillière et bien d’autres personnalités comme le Camerounais Roger Milla (sacré meilleur footballeur africain du siècle) lui font l’honneur de répondre à son invitation et mettent la main au portefeuille.
À 50 ans, trois enfants et déjà deux petits-enfants, cette jeune grand-mère ne peut laisser personne indifférent quand elle explique que " les enfants n’ont pas à payer la folie des hommes " ou quand on la suit sur le terrain, à Bujumbura, parmi " Mes enfants " comme elle dit si souvent loin des caméras et des spécialistes de la " Charité business ".
Comme le " Village de l’Espoir " visant à réinsérer dans la vie des enfants-soldats et qui devrait voir le jour dans un autre pays francophone , le Cameroun. Pour relever ce nouveau défi, la présidente de l’Association des Burundais en France a décidé de faire la tournée des chefs d’États africains pour leur demander leur aide. Rencontre avec une Princesse au grand cœur.
Entretien...
VOX - Peu après la chute de la monarchie au Burundi et l’assassinat de votre père, vous débarquez en France en 1969, sans un sou, mais vous êtes très belle…
Esther Kamatari - Je n’avais pas 20 ans et, en arrivant à l’aéroport du Bourget, je me suis dit " Mon Dieu, il y a beaucoup de Blancs ici ! ". L’un d’entre eux m’a aidé. J’ai fait une école d’infirmière chez des Sœurs de Berck, puis une première année de droit à la Fac de Lille avant de me lancer dans la mode.
VOX - Comment a débuté votre carrière de top Model ?
Esther Kamatari - C’est un coiffeur qui en 1972 m’a conseillé de devenir mannequin. J’ai commencé à défiler pour Gaston Jaunet, qui faisait dans le prêt-à-porter, et j’ai gagné 5 000 F. Puis tout s’est enchaîné. Je suis devenue la première Noire top Model en France. La première mariée noire, par exemple, à poser pour Lanvin (une maison pourtant très traditionnelle) tout en blanc ! Puis j’ai défilé pour Léonard, Paco Rabane, Christian Dior, Yves Saint-Laurent et j’ai travaillé avec des créateurs comme Thierry Mugler, Dorothée Bis, Montana, Beretta, Lancetti, Valentino, etc. En 1979, j’ai été élue " Miss Fashion " Mannequin de l’année, dirait-on en bon français, et je suis partie pour Sydney. Être née au fin fond du Burundi et se retrouver sur toutes les affiches en Australie, c’est fabuleux ! C’est là, sans doute, que j’ai compris que je pouvais être, sur la scène internationale, l’ambassadeur de mon petit pays et de tous ces enfants victimes de la guerre.
VOX - D’où vous est venu ce goût pour l’action humanitaire ?
Esther Kamatari - J’ai toujours vu mon père Ignace et ma mère Agrippine prendre grand soin des autres, je n’ai donc aucun mérite. C’était pratiquement inné. Mais au fond, quand j’y réfléchis, cet amour des enfants s’explique par le fait que je suis devenue très tôt orpheline.
Quand mon père a été assassiné, en 1964, j’étais très jeune et je me suis dit longtemps après : être orphelin, ce n’est pas une maladie, mais encore faut-il que quelqu’un vous tende la main. Fruit de mon éducation, ma passion pour les causes humanitaires s’est trouvée encore renforcée par le génocide de 1993 au Burundi qui fut, six mois auparavant, comme une répétition générale de ce qui allait se passer dans le pays voisin, le Rwanda. Je ne pouvais rester les bras croisés devant tant d’innocents qui avaient tout perdu.
VOX - Vous êtes Hutue ou Tutsie ?
Esther Kamatari - Ni l’un ni l’autre. Je suis Ganwa, c’est-à-dire membre de la famille royale qui se veut depuis toujours au-dessus des partis et des ethnies. Les Baganwa (tous les descendants de cette lignée royale) ne sont donc ni Hutus, ni Tutsis, ni Batwa (les Pigmés), mais je n’ai aucune nostalgie ni aucune prétention dynastique, même si mon arrière-arrière grand-mère, Ririkirmatima fut au Burundi une régente de la trempe de Catherine de Médicis. Mon unique souci est d’aider les enfants démunis d’Afrique.
VOX - Beaucoup de mannequins semblent faire aujourd’hui dans l’humanitaire, mais leur engagement n’est-il pas que médiatique ?
Esther Kamatari - Ne vous fiez pas trop aux apparences. Mises à part quelques-unes que je connais bien et qui n’hésitent pas à aller sur le terrain, bien peu de top Models en effet vont au charbon et s’investissent réellement au quotidien. Toutes les grandes stars utilisent –bien sûr-- leur image, et cela rapporte aux associations qu’elles soutiennent, mais cela ne va guère au-delà…
VOX - Un projet en faveur des enfants vous tient particulièrement à cœur aujourd’hui ?
Esther Kamatari - C’est le " Village de l’Espoir " qui permettra à plusieurs centaines d’enfants-soldats âgés de 8 à 15 ans et qui ont en général tout perdu, de se réinsérer dans une vie normale par le sport et l’apprentissage de métiers. Plus de 300 000 enfants-soldats ont été recensés en Afrique ! C’est dire que la demande est immense. Et si nous ne faisons rien, ces enfants resteront des " machines de guerre ". L’idée est d’ouvrir ce premier village sur un terrain de 14 hectares situé au nord de Yaoundé, au Cameroun, au 1er janvier 2001 pour l’entrée dans le IIIe millénaire. Dans ce village, on va construire une église, une mosquée, des ateliers et des terrains de sport.
VOX - Très bien, mais comment faire connaître cette idée fantastique et assurer sa réussite ?
Esther Kamatari - Pour ces enfants, je vais reprendre mon bâton de pèlerin et faire la tournée de tous les chefs d’État africains pour qu’ils nous aident. L’Afrique doit en effet panser ses blessures, prendre son destin en main et se reconstruire elle-même. Or ces enfants proviennent d’une douzaine de pays déchirés par la guerre comme le Libéria, la Sierra Leone, le Mozambique, l’Angola, le Congo, la République démocratique du Congo, la Guinée Bissau, l’Érythrée, la Somalie, le Soudan, le Rwanda et, bien sûr, le Burundi.
VOX - Des pays aussi bien francophones qu’anglophones, ou lusophones…
Esther Kamatari - C’est vrai, mais devant la détresse, qu’importe ! Le Burundi est, quant à lui, francophone par le hasard de l’Histoire, mais j’espère bien que nous allons pouvoir le rester. On y parle couramment le français et le kirundi, notre langue nationale. Or, vous savez, pour sauver les petits Africains qui parlent français, il n’y a rien de plus important aujourd’hui que l’éducation. Encore faut-il que ces pays retrouvent la paix.
VOX - Mais la guerre persiste en Sierra Leone et au Burundi…
Esther Kamatari - Oui, mais les armes ne poussent pas sur les bananiers. Ces conflits profitent donc aux marchands de canons. Depuis quatre ans, par exemple, que l’on négocie la paix au Burundi, de nouveaux métiers sont apparus comme celui de négociateur, qui vont régulièrement en Tanzanie et reviennent les poches pleines de devises. Ceux-là aussi ont tout intérêt à la poursuite ou à la reprise des combats. Toutes les guerres engendrent des profiteurs, mais ce sont toujours les
enfants qui trinquent.
(Entretien réalisé en novembre 2000).
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COMMENT AIDER LES ENFANTS DU BURUNDI
La Princesse Esther Kamatari préside depuis 1990 l’Association des Burundais en France, dont elle fait une organisation humanitaire des plus efficaces malgré sa petite taille. " On collecte depuis longtemps des seringues pour les vaccinations et des jouets pour l’orphelinat de Bujumbura, se souvient-elle, mais lors du génocide de 1993, j’ai compris qu’il fallait faire beaucoup plus et passer à la vitesse supérieure ". Sa priorité sera une nouvelle fois les orphelins. Pour leur venir en aide, elle lance au Burundi le projet " Un enfant par rugo " (un rugo, c’est l'habitant traditionnel) qui a déjà permis à 500 petits orphelins de retrouver une cellule familiale depuis 1995. À Boulogne, où elle a son siège, l’Association récolte toujours pour eux et leurs familles d’accueil dons, médicaments, vêtements, matériels scolaires et livres en français.
Pour aider la Princesse Esther Kamatari à sauver " Ses enfants ", vous pouvez adresser vos dons en espèces ou en nature à :
Association des Burundais en France
60, rue de la Belle Feuille
92100 Boulogne-Billancourt
Tél. : 01 55 60 11 15
Fax : 01 47 12 00 46
CCP La Source 39 310 67 P.
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