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L’ANTHROPOLOGIE GANGLIONNAIRE, UN PSYCHOVIRUS DEMASQUÉ - Par le Pr Mariela Szirko
Méditerranée, Francophonie, Mondialisation : Visions d'avenir, par Philippe Séguin
Document LE FRANçAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE (I à VIII), par Charles-Xavier Durand
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LE FRANçAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE (VII)
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La latinité, un facteur de cohésion internationale. Par Geraldo CAVALCANTI, SG de l'Union Latine (1998-2000)
Le souverainisme des Québécois
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L’ANTHROPOLOGIE GANGLIONNAIRE, UN PSYCHOVIRUS DEMASQUÉ - Par le Pr Mariela Szirko
Buenos Aires, 11/10/2002 - Une certaine "science" contemporaine anglo-saxonne, couverte d’honneurs, tendrait à vouloir nous faire accroire que la "personne" qu’est chacun de nous serait réductible à l’ingénierie de son propre corps… Le Professeur Mariela SZIRKO, neurobiologiste à Buenos Aires, nous adresse ici une précieuse contribution où elle met en exergue le caractère éminemment idéologique de cette vision du monde. Un monde de "l’ultrahistoire" où la chosification des êtres apparaît comme un "psychovirus" destiné à nous désarmer mentalement, afin de nous faire accepter la marchandisation des choses... et des êtres. DEUXIÈME PARTIE : LA VISION DE NOTRE ULTRAHISTOIRE
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QUAND LES NEUROSCIENCES ANNONCENT
QUE L'HOMME N'EST QU'UNE CHOSE UTILISABLE...
Comme résultat de ce déni systématique, nous nous trou-vons face à une science de la nature qui reprend à son compte le présupposé inexact qui se représente l’esprit ( intellect : y compris l’entendement, la fonction perceptivo-sensorielle et la volonté ) d’un individu comme un orifice ouvert par l’agencement et l’organisation d’une nature, par ailleurs morte. Une fois désorganisée, cette dernière, n’a plus qu’à fermer cet orifice mettant ainsi fin à la vie individuelle.
Bien que non démontrée par les faits, une telle vision soutient et justifie néanmoins les grands changements du monde qui ont vu la loi du marché s’imposer et régir tout le champ de l’activité humaine. Dans un tel univers, la valeur fondamentale est celle de la transaction commerciale, ce qui facilite l’émergence d’une société néoféodale où le pouvoir oligarchique, corporatiste, ne doit rencontrer aucune résistance politique et ne doit se voir opposer aucune forme de contrôle démocratique. Cette oligarchie a besoin de cette " chosification " de l’esprit humain, voire de répandre une telle vision.
L'être humain acquiert ainsi définitivement les caractéristiques d'une chose ; c’est-à-dire que son aspect fondamental est celui d’être utilisable. Cette chosification scientifique de l’esprit humain renforce d’autant mieux les thèses développées par les neurosciences que ces dernières sont le fondement de l’affirmation du caractère utilitaire et utilisable de l’homme. Grâce à cela, nous risquons de voir émerger de nouvelles générations de citoyens acceptant plus facilement leurs fonctions d’être uniquement des ressources humaines primaires ou des excédents démographiques.
Antoine Courban (Les Chroniques de l'Irréparable – I, voir in voxlatina.com) dit avec beaucoup de pertinence : " il faut choisir : soit on considère l'Homme comme Sujet de l'Histoire ; soit on le considère comme Objet de l'Histoire. Dans le premier cas, c'est l'Homme qui fait l'Histoire parce qu'il est libre, dans le deuxième cas, il n'est plus libre, il ne fait que subir le déterminisme de l'Histoire. Dans le premier cas, l'homme libre prend des décisions, c'est un citoyen capable de gouverner et d'être gouverné. Dans le deuxième cas, l'homme-individu ne fait que se conformer à la loi du nombre, il exécute tout au plus des consignes, il n'a même pas besoin d'être un citoyen, c'est un numéro interchangeable dans un groupe censé lui conférer une identité collective. "
Malheureusement, dans la plupart des cas, de tels rapproche-ments demeurent étrangers à l’esprit des hommes de science qui n’en sont même pas conscients, tant ils demeurent condi-tionnés par une culture techno-financière qui leur de-mande, implicitement, de produire une vision du monde et de l’homme conforme à ses propres schémas de représentations. De nouvelles idéologies se mettent ainsi en place, entièrement liées à d’importants secteurs de la vie publique qui tirent avantage de la croyance que l’individu est un robot.
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QUI A INTÉRÊT À CE QUE L'HOMME SE CROIE UN ROBOT ?
L'histoire d'un tel robot n'est rien d'autre qu'un constructivisme à outrance ou " pantopoiétique ", " tout-produisant " et " tout-créant ". Ayant conçu, au préalable, tout " Étant " comme résultat d'une composition, ce constructivisme outrancier n'est pas en mesure de reconnaître une quelconque éclosion individuelle (qu’elle soit d’un quantum d'action microphysique ou d’une existentialite personnelle) ni la moindre " semovience ". Ce faisant, le constructivisme robotisante évacue et dilue toute notre réalité ontologique ainsi que notre aptitude à prendre des décisions. Cette démarche se trouve en parfaite adéquation avec la situation conflictuelle contemporaine, planétaire, de l'humanité que nous appelons " Ultrahistoire " (ultrahistoria, Ultrahistory).
Ce dernier terme sert à qualifier, dans nos cercles, le fait que le caractère hallucinogène de tous les " contes " et de tous les " récits " prend actuellement le pas, voire supplante l’efficacité du modelage de la vie par les conditions primaires qui soutiennent l’existence. Cette Ultrahistoire contemporaine se présente donc comme aisément critiquable (“aguantacríticas”, affordably critical), c’est-à-dire qu’elle peut supporter la contradiction à peu de frais du moment que ni la critique (diluée par le débordement d’ " informations ") ni l’opposition violente et armée (qui au contraire lui serait profitable) ne sont plus en mesure de la transformer[4]. Elle se substitue à l’Histoire en tant que fait social, laquelle avait débuté lorsque l’innovation sociale engendra les sociétés à pouvoir politique coercitif[5].
En d’autres termes, quand la coercition devient invisible ou, pour employer la description lumineuse de Rifat, la violence se mue en " guerre de velours ", l’Histoire comme fait social tend à s’effacer et cède la place à l’Ultrahistoire.
Dans l’Ultrahistoire, la " dé-ontologisation " ou dilution de l’ontologie des esprits est un des aspects du " récit " que s’appliquent à raconter des " psychologues ", des " chercheurs " et autres spécialistes qui contribuent, de ce fait, à accroître le caractère fantasmatique de la réalité et son aspect de spectacle hollywoodien.
Ainsi, cette virtualisation de tout ce qui existe atteint mal-heureusement l’esprit lui-même. Comment pouvons nous oser faire face ouvertement à la problématique de " l’ontologie du Sujet " ( la constitución de la existencialidad per-sonal, ontology of consciousness ), si notre société planétaire admet au préalable que les esprits sont épuisés par leur phénoménologie et, dès lors, qu’ils sont dépourvus de toute consistance réelle ?
Des chercheurs argentins[6] ont clairement montré comment, " pour se construire un nid douillet, toute science, tant celle de la nature que celle de la surnature, est sous-entendue comme étant une connaissance “d’objets” (au sens de représentations mentales : pensamientos, mental contents) et non de choses, c’est-à-dire, des réalités externes à tout observateur particulier[7] ". Ils rappellent que ce point de vue est justement celui des Sophistes, ce qui implique que ce " qui existe, existe en tant qu’apparence pour quelqu’un d’autre et que rien ne peut avoir en soi sa propre détermination [8]".
Et pourtant, les apparences des choses telles qu’elles se révèlent à l’observateur ne contiennent rien de funeste. La tragique falsification de la vision du réel commence quand ces mêmes apparences ne renvoient plus à un quelconque contenu concret et sont " dé-ontologisées ". Ainsi, elles sont vidées de tout contenu réel hormis la possibilité d’être connues, faisant croire ainsi que toute leur consistance ontologique est épuisée par leur " aptitude à être connues " ou " cognoscibilité ".
Cette optique est appelée " phénoménisme ", ou encore " transcendentalisme subjectiviste ".
Celui-ci reprend l’ancien " monopsychisme gnostique " qui était un refus des limites naturelles de la réalité de chaque individu humain. Ce refus de nos bornes naturelles était lui-même sur-compensé par la croyance en une unique " Ame du Monde " dont feraient partie les esprits de tous les observa-teurs humains ; âme qui transcenderait chaque individu et sous le regard de laquelle se déploierait l’ensemble du réel.
Cette manière de voir est également connue sous le nom de " théorie favillaire des psychismes miscibles " ( la teoría favilar, órfico-estoico-origenista, de una “mente” fungible, the Orphic-Stoic-Origenist favillar theory of a fungible " mind " ) : Une " favilla " est une étincelle ou plutôt une petite goutte incandescente de lave. Ce terme fut utilisé par Plutarque et d’autres auteurs comme image du psychisme humain qui s'amalgame à l’" âme du monde " après la perte du corps.
C’est pourquoi, le refus de la finitude humaine exige de renon-cer aux notions de semovience et de séparation personnelle.
Afin de rendre concevable et fiable cette fusion grégaire, il est nécessaire, par conséquent, de devoir décrire les phénomènes indépendamment de leur contenu matériel (" à l'exclusion de sa matière propre "), comme s’ils étaient miscibles et étrangers à toute individualité séparée ou semovience.
En d’autres termes, dans cette perspective de déni de toute limitation personnelle, les phénomènes sont dépossédés de leur " corps " propre et la pensée est censée n’avoir pas de " fondement " en dehors de sa cognoscibilité. Cette dernière se trouve dès lors supposée épuiser toute l’existence : tant celle des choses qui existent en dehors des psy-chismes que celle des sensations ou des intuitions qui nous occasionnent quelque savoir des événements.
Il en est de même pour toute consistance ontologique, y com-pris celle des psychismes. Ceux-ci, à leur tour, sont supposés construits, à partir des phénomènes dans lesquels ils se diver-sifient, comme un mur à partir des matériaux qui le composent. Ne contenant rien d’autre que ces mêmes phénomènes réduits à leur seule " cognoscibilité ", ces mêmes psychismes semblent, en conséquence, eux aussi, s'épuiser dans leurs seules " propriétés " connaissables ( onticidad como conocibilidad fenomenista, cognoscibility ), devenant de la sorte parfaitement miscibles, favillas de l’" âme du monde ".
Ainsi, les individus sont conçus comme interchangeables, et tout ce qui existe est présenté comme :
" […] s’il souffrait d’une insuffisance ou d’une rela-tivité ontique et, dès lors, comme s’il résultait d’un jeu de distinctions prédicatives. Toute science se trouve ainsi réduite au statut de production poétique[9] : un “poietizing” ou une sécrétion, semblable à celle exé-cutée par les glandes, voire un colportage d’opinions qui épuiseraient toute réalité. Ainsi, seule l’illusion de-vient fertile ; toute mémoire étant appelée à dispa-raître, ; l’efficacité signifie de s’en tenir, sans rien ris-quer, à l’apparence superficielle des choses.
Dès lors, la science et la philosophie échappent à tout danger de se trouver attirées par d’insondables profondeurs et risquer de tomber dans l’erreur.
Aucune tromperie n’est donc possible, dans la mesure où aucun " fait " n’existe mais seulement des interprétations. Afin de se prémunir contre toute erreur, l’argent et le prestige académiques ne doivent donc pas être dépensés en vain sur des recherches expérimentales, réputées inutiles du moment qu’elles manquent de cette critique fictionnelle-perspectiviste qui est le critère de la " faible objectivité " des sciences naturelles…
Cette généreuse préoccupation à l’égard de discipli-nes scientifiques qui demeurent en dehors du champ professionnel du critique lui-même, est le but ultime de la plupart des visions récentes, apparues dans la Modernité et parvenues jusqu’à l’Ultrahistoire, visions qui visent uniquement à faire des sciences naturelles et des enquêtes philosophiques de simples produc-tions littéraires. "
En décrivant la " superficialisation hallucinatoire " de no-tre Ultrahistoire, tellement profitable à la nouvelle féodalité fi-nancière, ces chercheurs argentins ont également montré le caractère dissociatif de ses effets.
Toute autre représentation du réel, y compris la description des cerveaux et des liens de chaque cerveau avec l’esprit dont les interactions causales immédiates s’y trouvent circonscrites, de même que toute description, quelque peu différente ou ingénue ou authentique du réel, se verraient incontestablement qualifier, à leur corps défendant, de conspirations funestes. Il est donc important de réaliser contre quoi opère la recherche scientifique de toute vérité factuelle.
Dès lors, pourquoi la recherche de la vérité des faits nous attire tant d’inimitié ? La raison en est que la " dé-ontologisation " des gens et des choses naturelles sert indis-cutablement les intérêts de certains secteurs de la société. Cette dissociation découple les gens de ce qu’ils sont, et ce faisant, fragmente la vie culturelle.
De plus, cette même dissociation est recherchée par certains groupes sociaux en vue d’étendre au maximum leur influence par le biais d’un imaginaire social holistique, totalitaire, qui est atteint en maquillant le mythe syncrétique de la Modernité à l’aide des données d’une histoire essentiellement urbaine. La promotion d’un tel imaginaire vise à faire en sorte que toute vie soit vécue comme étant celle d’écrans, qui ne sont pas conçus comme des fenêtres ouvertes et communicantes, mais comme des plans fermés et distordants.
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DEUXIÈME PARTIE : LA VISION DE NOTRE ULTRAHISTOIRE
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