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La latinité, un facteur de cohésion internationale. Par Geraldo CAVALCANTI, SG de l'Union Latine (1998-2000)
Le souverainisme des Québécois
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LA FRANCOPHONIE, UN COMBAT CONTRE LES DOGMES. Par Alfred MIGNOT
Francosphère – A propos du IXe Sommet de l’OIF :
LA FRANCOPHONIE, UN COMBAT CONTRE LES DOGMES
POUR MONDIALISER " L’HUMANISME INTÉGRAL "
par Alfred MIGNOT, Secrétaire général du FFI
Paris, le 22/10/2002 - Les engagements inscrits dans la "Déclaration de Beyrouth", s’ils sont tenus, conduiront la Francophonie à s’affirmer toujours plus comme un mouvement politique, altermondialiste, animé par le souffle de " l’humanisme intégral " cher à Senghor.
En cela, elle renouerait aussi avec la tradition originelle fondatrice de l’humanisme, qui s’opposa d’emblée aux dogmes de la scolastique, version ancienne d’une autre " pensée unique ".
Et parce qu’elle préconise le dialogue des civilisations plutôt que leur affrontement, elle nous renvoie à Montaigne, qui sut pratiquer la modération en pleine période de Guerres de religion. Refonder une nouvelle Renaissance par un combat contre tous les extrémismes, contre tous les dogmes… et si c’était cela, la Francophonie de l’après-Beyrouth ?
L’HUMANISME FACE AUX DOGMES DE LA SCOLASTIQUE
L’Humanisme, on le sait, est ce vaste mouvement d'idées né en Italie au XIVème siècle, et qui se développa en Europe aux XVe et XVIe siècles. Il prônait la redécouverte de la pensée antique par l'examen critique des textes grecs et latins.
Par cette attitude pédagogique et philosophique, fondatrice de la Renaissance, l’humanisme s’oppose d’emblée aux dogmes de la scolastique aristotélicienne. Celle-ci, si elle fut utile à l’évolution de la pensée philosophique, était devenue un carcan instrumentalisé par les théosophes. En effet, si l’essentiel de la philosophie aristotélicienne était fondé sur l’exercice de la raison, Aristote considérait néanmoins que Dieu était le moteur du monde, le principe premier, la première cause, le grand organisateur… Cette "fissure" dans la rationalité d’Aristote ouvrait la voie à la possibilité d’instrumentalisation de sa pensée par les théosophes, qui coiffèrent la construction aristotélicienne par le concept d’une possible "vérité révélée", donc d’essence divine.
Avec l’humanisme, c’est l’homme qui est supposé avoir inventé Dieu, et non pas l’inverse. L’homme est placé en haut de la pyramide des valeurs.
En politique, dès cette époque, l’humanisme se caractérise par l'amour du peuple, le pacifisme, l'esprit oecuménique et la volonté d'équilibre entre les pouvoirs.
Malgré cela, malgré cette critique explicite du pouvoir royal de droit divin, l’humanisme triomphera en France dans la seconde moitié du XVIème siècle, notamment grâce au soutien de François 1er – il créa le Collège de France (1530) pour contrebalancer l’influence de la Sorbonne encore tenue par les scolastiques – puis par la promulgation de l’Edit de Nantes, en 1598 par Henri IV, dont Montaigne fut l’un des conseillers. Cet Edit, également appelé l’Edit de Tolérance, établissait la liberté de culte pour les protestants. Parce qu’il mettait fin au principe de la religion d’Etat, parce qu’il déconnectait l’Etat d’une référence au champ religieux, il ouvrait ainsi la voie à une ultérieure affirmation d’une citoyenneté républicaine et laïque, et cela malgré les soubresauts malheureux consécutifs à sa révocation par Louis XIV, en 1685.
MONTAIGNE,
EN PRÉCURSEUR DU DIALOGUE DES CIVILISATIONS
Dans cette époque tragique de Guerres de religion en France (1562-1598), mais aussi en Allemagne et dans l’empire de Charles Quint, la figure de Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) s’impose par une particulière contemporanéité.
En effet, prônant la modération dans ses écrits, et la pratiquant dans sa charge de maire de Bordeaux, capitale catholique d’une région huguenote, Montaigne s’affirme à la fois comme le maître du doute et de la modestie, estimant que lorsque l’on expose nos opinions, même raisonnées, l’on ne fait jamais que se raconter soi-même.
Il est, selon le spécialiste de Montaigne et philosophe Marc Foglia, le premier à introduire la notion d’historicité de la pensée, et à souligner la part de subjectivisme qui perdure dans toute pensée, même raisonnante.
En cela, on pourrait estimer que Montaigne est le précurseur intituif de l’Altérité, de l’ouverture à l’autre, de la prise en considération de ces différences qui nous enrichissent, et que la Francophonie d’aujourd’hui veut justement préserver et promouvoir. Ces "différences" , Montaigne va à leur rencontre au cours de ses voyages en Europe, voyages par lesquels il nourrit de réel sa critique de l’ethnocentrisme et des préjugés, tout au long de ses Essais.
De plus, on pourrait considérer que Montaigne incarne d’emblée une certaine maturité de l’humanisme car, en pleine époque de fanatismes religieux, il dit tout bonnement, en substance : "Je suis né dans ma religion et n’ai pas trouvé de raison suffisante pour en changer…".
Certes, on pourrait interpréter cela comme du conservatisme, mais ce serait, me semble-t-il, faire injure à ce grand penseur… Une autre interprétation paraît possible : peut-être, et bien longtemps avant beaucoup d’autres, Montaigne voulait-il simplement signifier que la religion est un "référent culturel" certes respectable, mais également conjoncturel – on ne choisit ni la famille ni la religion dans lesquelles on naît. Une " donnée sociologique ", dirait-on aujourd’hui, et peut-être rien de plus, ni de moins, au regard en tout cas de l’historicité de la pensée humaine, et des miroirs métaphysiques que l’homme s’est successivement offerts à lui-même, au fil des siècles.
Ainsi, en quelque sorte, dès le XVIe siècle, se dressant contre les pressions de la pensée unique du moment, qui voulait que l’on s’engageât dans un camp ou l’autre, Montaigne libère implicitement l’homme de la référence jusque là obligée à Dieu : ni fils ni père de Dieu, l’homme est. Et s’il n’est pas encore "l’homme qui pense" de Descartes, il est déjà "l’homme qui doute" de Montaigne.
Tout comme la pensée raisonnante, la religion s’inscrit donc elle aussi dans l’historicité de la société humaine.
L’humanisme de Montaigne, parce qu’il n’accorde qu’une importance très relative au champ religieux, nous apparaît alors capable de transcender les différentes appartenances religieuses, sinon de les réduire.
La traduction politique, et concrète, de cette posture de Montaigne apparaît d’une manière flagrante dans le propos d’Henri IV, huguenot qui se convertit au catholicisme afin de pacifier le royaume : " Paris vaut bien une messe ! " dit le futur bon roi Henri IV, dont Montaigne fut l’un des conseillers.
Depuis, il a été maintes fois prouvé que les guerres de religion furent en fait des guerres pour le pouvoir, la question religieuse n’étant qu’un "habillage" à l’usage du peuple.
Aujourd’hui, que nous dirait Montaigne face aux velleités belliqueuses de l’empire du moment ? Ce qu’il nous a enseigné nous permet en tout cas de penser "qu’une messe ne vaut pas une guerre" ! Et que si l’on prétend le contraire, c’est sûrement que les vrais enjeux sont ailleurs.
C’est en cela que Montaigne apparaît comme éminemment contemporain, et... francophonissime (!).
LA FRANCOPHONIE FACE AUX DOGMES DE L’EMPIRE :
VERS UN " HUMANISME INTÉGRAL "
A notre époque en effet, où certains universitaires néo-barbares, parfois stipendiés par d’obscures officines de l’empire militaro-mercantile, prédisent "le choc des civilisations" (comprendre : le choc des religions, du point de vue du messianisme calviniste et mercantile étasunien), la Francophonie, comme Montaigne en son temps de guerres de religion, prône le dialogue et la modération, ainsi que le respect du droit et "l’égale dignité des cultures".
Sur ce point, la Déclaration de Beyrouth (20/10/2002) est en effet très claire :
"Nous réaffirmons le rôle majeur du dialogue des cultures dans la promotion de la paix et la démocratisation des relations internationales.
Ce dialogue implique le respect des différentes identités, l’ouverture aux autres et la recherche de valeurs communes et partagées."
L’ouverture à l’Autre, le dialogue – et donc l’abandon préalable de tout velléité d’impérialisme culturel, marqueur de l’universalisme colonial – le refus d’une vision "primate" et duale du monde (le Bien selon Bush, et le Mal – tous ceux qui ne sont pas d’accord avec l’empire), la "recherche de valeurs communes et partagées" sont autant d’élements d’un "humanisme intégral", qui cherche à transcender les particularismes, et que n’aurait pas renié cet ennemi de tout fanatisme que fut Montaigne.
"La Francophonie – écrivait Léopold Sédar Senghor dans le célèbre numéro de novembre 1962 de la revue Esprit, comme nous le rappelle Antoine Courban, de Beyrouth [1] - c'est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la Terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races qui se réveillent à leur chaleur complémentaire".
Aujourd’hui, en effet, il apparaît de plus en plus clairement que, plus peut-être que la langue ("le français en partage"), c’est une certaine idée, encore floue mais en devenir, d’un "humanisme intégral" qui rassemble les adhérents, puisque beaucoup d’entre eux n’ont jamais été francophones, au sens où on l’entend des anciennes colonies françaises, lesquelles ne constituent plus, d’ailleurs, que la moitié environ des 56 adhérents ou observateurs actuels.
Tout particulièrement ces dernières années, depuis Hanoï (1997) et Bamako (2000), la Francophonie s’est affirmée comme le principal forum d’un monde pluriculturel et multipolaire.
Cette vocation "politique" a trouvé un début d’expression officielle lors du Sommet de Beyrouth (18-20 octobre 2002), qui vient de s’achever. Ainsi peut-on lire dans la "Déclaration de Beyrouth" [2], outre la réaffirmation du rôle majeur du dialogue des cultures, déjà évoqué :
- Concernant les POLITIQUES CULTURELLES :
"Nous confirmons notre volonté de ne pas laisser réduire les biens et services culturels au rang de simples marchandises."
- Concernant LA PAIX :
"Nous sommes convaincus que le dialogue des cultures constitue une condition indispensable à la recherche de solutions pacifiques et permet de lutter contre l’exclusion, l’intolérance et l’extrémisme."
- Concernant les RELATIONS INTERNATIONALES :
"Nous défendons la primauté du droit international et le rôle primordial de l’ONU."
- Concernant LA DÉMOCRATIE :
"Nous proclamons que Francophonie, démocratie et développement sont indissociables."
- Concernant les DROITS DE L’HOMME :
"Nous soulignons le caractère universel et indissociable de tous les droits, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, y compris le droit au développement, et sommes déterminés à en assurer la pleine jouissance pour l’ensemble des citoyens."
- Concernant LA SOLIDARITÉ :
"Nous nous engageons à combattre ces fléaux (…) [que sont] la pauvreté, l’analphabétisme, les pandémies, et en particulier le SIDA, l’insécurité et le crime organisé".
- Concernant L’ÉDUCATION, enfin :
la déclaration se montre soucieuse de contribuer à la réduction de l’analphabétisme et du fossé numérique, source nouvelle d’inégalistés accrues, et dans son discours d’ouverture, le 18 octobre, le Président Chirac a annoncé que la France – de très loin principal pourvoyeur de fonds de la Francophonie – augmenterait significativement ses subventions à l’éducation, par le biais de l’Agence universitaire de la Francophonie.
"RIEN DE CE QUI EST HUMAIN N’EST ÉTRANGER À LA FRANCOPHONIE"
Ainsi, et pour paraphraser une formule célèbre, "rien de ce qui est humain n’est étranger à la Francophonie".
En effet, si l’on veut se résumer brièvement, on constatera que l’on retrouve dans le discours francophone les fondements même de l’humanisme, appliqué aux problématiques de notre époque : respect de l’autre et de sa différence ; promotion des Droits de l’homme, y compris de ses droits économiques ; refus de la marchandisation de la culture ; primauté du droit en matière de relations internationales ; importance reconnue de l’éducation ; solidarité envers les plus démunis…
Aujourd’hui, on peut estimer que la Francophonie, par les valeurs qu’elle promeut, a largement dépassé le champ historique de l’expansion de la langue française. Elle s’est en quelque sorte "déterritorialisée", devenant ainsi encore un peu plus "universelle".
Pour beaucoup, elle apparaît désormais comme une composante du mouvement altermondialiste, comme un courant de pensée qui pourrait consituer un contrepoids aux volontés hégémonistes de l’empire militaro-mercantile.
En ce sens, comme l’humanisme naissant s’opposa aux dogmes de la scolastique, la francophonie altermondialisme s’oppose aux dogmes de l’empire du moment, ainsi qu’aux extrémismes religieux.
A notre époque où les bellicistes cherchent des prétextes pour légitimer leurs prophéties auto-réalisatrices de "choc des civilisations", la Francophonie, comme Montaigne en son temps de guerres de religion, prône le dialogue et la modération, ainsi que le respect du droit.
La Francophonie, en un mot, veut "humaniser la mondialisation" , selon cette heureuse expression, récemment devenue usuelle.
Elle ne pourra sans doute progresser dans cette voie si, à côté de la Francophonie institutionnelle, ne se lève une Francophonie militante. Une Francophonie de citoyens, de France et d’ailleurs, unis par une fantastique ambition : donner corps à "l’humanisme intégral" de Senghor.
Alfred MIGNOT
Secrétaire général du FFI
[1] Merci à notre ami, le Professeur Antoine COURBAN, de Beyrouth : c’est sa précédente et remarquable contribution -
L'HUMANISME FRANCOPHONE, UN PROJET POUR LE XXIe SIÈCLE ? - qui nous a incités à revisiter Montaigne, à redécouvrir l’intérêt et l’actualité de son message, sous l’angle du combat francophone.
[2] "LA DÉCLARATION DE BEYROUTH"
>>> A lire également, de Albert SALON, Président du FFI-France :
BEYROUTH, ET APRÈS ? PREMIÈRES IMPRESSIONS…
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