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 Québec / KKKanada - Tribune Libre : DE L’URGENCE
DE LA CONSTITUTION D’UNE COALITION INDÉPENDANTISTE





Québec / KKKanada - Tribune Libre :


DE L’URGENCE

DE LA CONSTITUTION D’UNE COALITION INDÉPENDANTISTE




Québec, le vendredi 10 septembre 2004 - "Les indépendantistes ne veulent certes plus élire un gouvernement qui resterait provincial ; ils veulent tenir, avec fermeté, un instrument de conquête afin précisément de doter le Québec, au bout du compte, d’un vrai gouvernement jouissant de vrais pouvoirs et n’ayant plus à quémander son bien à des étrangers. " Mais… comment y parvenir ? Gaston LAURION, Professeur émérite de lettres françaises à Université Concordia, trace ici quelques pistes…

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Maintenant que le Parti québécois a réglé quelques questions que j’appellerais culinaires, il est sans doute temps de passer à l’essentiel. Bernard Landry a décidé de rester à la barre, et c’est bien ainsi, car, malgré l’avis de quelques intrigants, il n’y a personne, pour l’instant, qui lui soit supérieur: le changement pour le changement, nous savons, depuis les dernières élections, ce que cela donne.

D’autre part, un certain nombre de scénarios ont été élaborés pour définir le mode idéal d’accession à l’indépendance, et nos juristes s’en sont donné à coeur joie, à la suite de la stimulante intervention de Jacques Parizeau. Ces lumineuses analyses sont bien venues, mais ce n’est cependant pas dans la cuisine que se trouve l’essentiel pas plus qu’il n’est d’ailleurs dans la définition d’un projet de société, si généreux soit-il.

L’essentiel pour le Parti québécois, après trente-cinq ans d’existence, consiste d’abord à montrer clairement au peuple du Québec (il en est grandement temps) ce qu’est l’indépendance, ce que signifie, dans le concret, pour chacun d’entre nous, avoir un pays indépendant.

Quels sont les avantages, pour les Québécois de ne plus dépendre d’un parlement où ils ne seront jamais que 25%, ou moins, et où 75% d’étrangers que l’on appelle " Canadiens " décident de leur sort et du type de société dans lequel ils doivent vivre, cette majorité détenant les cordons de la bourse et ceux de la loi.

Un véritable choix de société, en particulier, n’en déplaise aux adeptes de l’Union des Forces Progressistes ou à ceux de l’Option citoyenne de Françoise David, ne s’effectuera qu’après la conquête de l’indépendance.

En attendant, un gouvernement provincial du Québec aura beau se dire social-démocrate, il ne pourra jamais être, au mieux, que semi-capitaliste. Voilà ce qu’il faut faire valoir à tous ceux, de gauche ou d’ailleurs, qui veulent leur part du gâteau avant qu’il ne soit cuit.

Le Parti québécois doit donc bien expliquer aux Québécois ce qu’est l’indépendance, sans tomber, bien entendu, dans le piège du "budget de l’an Un" et enseigner à tous que nombre de mesures bénéfiques ne pourront jamais être mises en oeuvre tant que nous serons un peuple "annexé" et soumis, comme l’a écrit le grand historien que fut Maurice Seguin. Cet enseignement pourrait inclure, en appendice, quelques analyses sur les avantages que procure au Canada la présence du Québec au sein de la Confédération.


Seconde tâche à accomplir. Il est bon et même souhaitable que le Parti québécois ait un idéal, et je dis bien un idéal, social-démocrate, sauf que faire l’indépendance suppose l’union de toutes les forces indépendantistes du Québec, que celles-ci soient de gauche, du centre ou de droite. L’indépendance , c’est pour tout le Québec et voilà bien ce qui, en particulier, rend si difficile la tâche du Parti québécois.

D’un côté, celui-ci propose un projet de société, disons, de gauche et, de l’autre, il doit rallier toute la nation. Pour que son discours devienne rassembleur, il lui faudrait peut-être, en toute humilité et en toute honnêteté, annoncer qu’il n’est pas éternel, qu’une fois acquise l’indépendance, il serait normal qu’il éclatât ou même qu’il disparût pour faire place à des formations diverses (nous aurons atteint l’âge politique), dont l’existence est nécessaire dans toute société libre : les Québécois auront alors, et alors seulement, le loisir de choisir entre une gauche, une droite ou un centre.

Prétendre faire ce choix avant d’être indépendant, c’est se leurrer, comme nous le faisons depuis trop longtemps en jouant, dans l’inconscience, à la politique, sans avoir le pouvoir de mettre en oeuvre des décisions qui nous échappent par la force des choses.

C’est pourquoi le Parti québécois doit procéder, au plus tôt, à la constitution d’une coalition d’urgence nationale, réunissant tous ceux qui ont à coeur de réaliser l’indépendance,
qu’ils soient membres de l’UFP, de la mouvance de Françoise David ou de quelque autre mouvance sans nom.

Il ne doit plus se produire ce qui s’est passé dans Mercier, en avril 2001, lorsque les votes de l’UFP, abstraction faite de l’abstentionnisme étourdi des péquistes, ont sans doute aidé le Parti libéral à l’emporter. Nous devons d’abord réaliser l’union sacrée, quoi qu’il en coûte, si nous voulons mériter l’indépendance. Ensuite il nous sera donné de faire de la politique.

Car c’est à la seule condition d’avoir conquis l’indépendance que nous pourrons nous permettre d’entretenir des partis représentant chacun un type différent de société. Il ne s’agit donc pas, pour le Parti québécois, de rajeunir comme le voudraient certains, ou de rafistoler son discours, mais de devenir, avec maturité, un organisme rassembleur mettant l’intérêt de la nation au-dessus du sien et dont le but premier est la réalisation de l’indépendance nationale.

Les indépendantistes ne veulent certes plus élire un gouvernement qui resterait provincial ; ils veulent tenir, avec fermeté, un instrument de conquête afin précisément de doter le Québec, au bout du compte, d’un vrai gouvernement jouissant de vrais pouvoirs et n’ayant plus à quémander son bien à des étrangers.



Gaston LAURION





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