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 LE FRANçAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE (V)






LE FRANçAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE (V)
par Charles-Xavier Durand
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La Ière partie de ce document se trouve à
http://www.voxlatina.com/vox_dsp2.php3?art=827

La IIème partie de ce document se trouve à
http://www.voxlatina.com/vox_dsp2.php3?art=829

La IIIème partie de ce document se trouve à
http://www.voxlatina.com/vox_dsp2.php3?art=830

La IVème partie de ce document se trouve à
http://www.voxlatina.com/vox_dsp2.php3?art=831 /> ---


7) PILLAGE ET MARGINALISATION DE LA RECHERCHE NON ANGLO-SAXONNE


Dans la majorité des cas, les articles de recherche fondamentale sont écrits par des professeurs et chercheurs universitaires et également par des chercheurs de laboratoires publics financés par l'État, c'est-à-dire avec l'argent des contribuables et, beaucoup moins souvent, par des chercheurs de sociétés industrielles privées.

Une fois rédigés, les articles sont envoyés aux éditeurs des revues auxquelles les articles sont soumis. Les éditeurs en font des copies qu’ils distribuent aux spécialistes du sujet traité dont le rôle est d’évaluer ces articles et de décider de leur sort. Ils seront ainsi refusés ou acceptés.

Quelquefois, des éclaircissements ou des modifications seront exigés en tant que conditions préalables à leur publication. Le fait que l’anglais soit utilisé comme langue de publication dans la plupart des cas entraîne naturellement une concentration du processus d’évaluation dans les pays anglo-saxons dont les chercheurs tranchent sur la forme et le fond des articles, puisque ces deux aspects de la publication scientifique sont indissociables.

A de très rares exceptions près, les auteurs ne reçoivent jamais de paiement pour le travail qu'ils ont effectué. Bien au contraire, les périodiques et revues scientifiques qui ont la meilleure réputation publient, presque toujours, à compte d'auteur.

Les frais peuvent s'élever à 500, 1 000 ou même 2 000 francs par page. Une partie de cet argent sert quelquefois à payer les spécialistes que les éditeurs consultent pour l'évaluation des articles. Le reste est empoché par les éditeurs.

Les revues et périodiques de langue anglaise, qui récoltent la part du lion de cette activité, sont ainsi généreusement " engraissés " par la communauté scientifique internationale. Les bibliothèques de recherche en science fondamentale sont soutenues essentiellement par des fonds publics.

Les institutions qui ont produit, à grands frais, sur fonds publics, des résultats de recherche sont ensuite obligées de les racheter à des entreprises privées la plupart du temps.
Un consortium de 64 bibliothèques de recherche canadiennes s’est ainsi aperçu que, disposant d’un budget de 50 millions de dollars, il ne pouvait avoir accès qu’à 15% de l’information disponible en ligne, sans parler de la documentation écrite !

A cette situation grotesque, il faut ajouter, pour les pays non anglophones, les coûts tangibles et intangibles de traduction vers l’anglais à la publication et la retraduction dans leur langue nationale de ces mêmes articles à l’exploitation, plus particulièrement dans le cas du travail indispensable d’enseignement et de vulgarisation.


Si ces revues sont vendues, cela ne signifie pas qu'elles soient lues nécessairement.

On estime que 90 % des articles publiés dans la plupart des revues scientifiques spécialisées ne sont pas lus et cela, quelle que soit la langue. A cela, plusieurs raisons.

Tout d'abord, la spécialisation est telle que la plupart des articles d'une revue pourtant spécialisée peuvent ne pas avoir de relation solide avec le travail qu'un chercheur effectue dans son propre laboratoire.

Deuxièmement, la quantité d'informations disponibles est telle qu'il est tout simplement impossible de " couvrir " plus qu'une très faible partie de la littérature existante, même dans une discipline donnée.

Troisièmement, en dépit des précautions prises par les éditeurs, il est souvent extrêmement difficile de déterminer la validité et la portée de la plupart des travaux très spécialisés. Le rapport de la Commission française de réflexion et de proposition sur les publications scientifiques en langue française mentionne que, dans le seul domaine de la recherche biologique et médicale, 100 000 articles de fond (dits " primaires ") sont publiés dans le monde chaque année alors que seulement 2 à 300 (soit une proportion de 2 à 3‰ !) sont véritablement originaux et font réellement progresser la recherche.




 



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