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LE FRANçAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE (VIII et fin)
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 LE FRANçAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE (V)






" Au moins 90% des articles que nous recevons ne valent rien. 2 % sont originaux et méritent d'être publiés. 5% sont des développements de travaux antérieurs que nous devons publier également. Enfin, moins de 1% de ces articles donnent des idées sur des nouvelles directions de recherche pouvant quelquefois conduire à des applications commerciales. Nous recevons ces articles en première exclusivité, antérieurement à toute publication. Ils nous arrivent sur un plateau d'argent, écrits dans notre langue, sans que nous demandions quoi que ce soit à quiconque. Comment voulez-vous que nous nous empêchions d'en exploiter les meilleures idées ?

Même avec les meilleures intentions du monde, nous ne pouvons nous empêcher d'être influencés, de changer nos objectifs de recherche et d'utiliser les idées les plus prometteuses à notre profit.

N'oubliez pas qu'une majorité de ces articles nous vient de l'étranger et que ce qu'ils décrivent n'a jamais fait l'objet de publication antérieure, en anglais ou d'autres langues. D'autre part, nous passons facilement un tiers de notre temps, voire la moitié, à chercher de l'argent pour financer notre travail. Beaucoup d'entre nous n'ont aucune sécurité d'emploi.

La concurrence pour les octrois de recherche, qui ont fondu comme neige au soleil ces dernières années, est féroce. Tout le monde essaye de briller, même si ce n'est que dans les apparences. Nos collègues européens ou asiatiques n'ont pas cette obligation et peuvent vraiment se consacrer à leur recherche scientifique et produire quelque chose.

Dans ce contexte, vous pensez bien que nous allons exploiter toute idée intéressante pour laquelle on sollicite notre avis. Il est arrivé à certains de mes collègues de refuser la publication d'un article, lorsqu'ils voulaient " pirater " son contenu de façon à s'attribuer l'antériorité d'une idée qui les intéressait particulièrement. Toutefois, dans la plupart des cas, ça n'est même pas nécessaire.

Nous approuvons la publication de ces articles mais notre réseau de contacts avec l'industrie nous permet d'exploiter les meilleures idées et d'en tirer les bénéfices commerciaux en premier. Nous ne sommes pas des saints. Comment voulez-vous qu'il en soit autrement ? Dans la quasi-totalité des cas, on ne peut même pas nous accuser de plagiat faute de preuves. Gallo a perdu dans ses démêlés avec l'Institut Pasteur, car il avait reçu des échantillons, parce qu'il y avait une trace matérielle.


Dans la plupart des cas, seule compte l'information, qui est dématérialisée par essence. Si vous faites la copie d'un logiciel existant, vous violez les droits d'auteur. Si vous volez une idée à quelqu'un alors que celle-ci n'a pas encore fait l'objet d'une publication antérieure et que vous travaillez dans le même domaine de recherche que celui à qui vous l'avez volée, comment voulez-vous que ce dernier soit en mesure de prouver quoi que ce soit ? "


L’usage de l’anglais comme outil de définition et de représentation de la science donne naturellement une plus grande visibilité aux travaux scientifiques des peuples anglophones et, parallèlement, marginalise ceux des autres, et cela d’autant plus bien sûr que ces travaux sont justement rédigés en anglais et que, en conséquence, ils doivent se mouler aux exigences anglophones en matière de forme et de contenu.

Dans la mesure où ce sont effectivement les pays anglophones qui déterminent ainsi les normes de " la bonne science ", il est donc naturel que la science des pays anglophones apparaisse ainsi " supérieure " à celle des autres. Il est important de noter que les chercheurs étrangers se sont rendus ainsi très vulnérables.

Tant que les chercheurs étrangers accepteront consciemment ou inconsciemment cette infériorité structurelle en ayant recours à l’anglais comme outil de description de leur travail, ils ne pourront pas pleinement le valoriser et, par conséquent, solliciteront les conseils de leurs " maîtres " anglo-américains en estimant leur collaboration essentielle.

Ils seront prêts à leur communiquer tous les détails de leurs recherches, un peu comme l'étudiant de troisième cycle communique le résultat de ses travaux à son directeur de thèse, pour impressionner favorablement ce dernier qui, bien sûr, a son nom sur toutes les publications, même quand tout le travail d’investigation a été fait par l'étudiant. Monsieur Alain Fournier-Sicre, qui a travaillé longtemps pour l'antenne hollandaise de l'Agence spatiale européenne me confiait les propos suivants :

" Nous avons de nombreux projets de coopération avec les Américains dans le domaine spatial, des collaborations multilatérales avec l’Europe et bilatérales avec la France. Dans tous les projets, les Américains demandent généralement toutes les données techniques, même celles dont ils n'ont aucun besoin, et les obtiennent sans aucune difficulté. Personne, apparemment, n'a l'idée que toutes les données que nous leur fournissons sont précieuses et qu’elle sont le résultat d'années de recherche. Les Américains n'ont strictement aucun besoin de faire de l'espionnage industriel pour savoir ce que nous faisons. Il n'ont qu'à demander ce qui les intéresse. C'est aussi simple que cela.

Nos ingénieurs, nos chercheurs et nos administrateurs se sont tellement auto-infériorisés qu’ils croient les Américains tellement plus avancés que nous dans le domaine spatial. Ils ne cherchent même pas à se protéger. Les informations que les Américains récupèrent ainsi leur épargnent des années de recherche et les aident à consolider leur position dans le domaine spatial et dans la perception que le monde extérieur a de leurs travaux. "


D'autre part, beaucoup de prétendues " innovations " américaines ne sont souvent que le fruit d'une judicieuse mise en scène et d'un discours techniciste qui n'apportent, en définitive, pas grand chose de nouveau [12].




 



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