LA GUERRE DE L'INFORMATION, vers une nécessaire révolution des esprits, estiment les experts.
Dans la guerre de l’information, quels sont les modes d’action offensive ?
Pour la première fois, à Paris en mai dernier, lors d’une conférence organisée par SCIP (Association pour la diffusion de l'Intelligence économique), l’on a débattu de ces questions, en public.
Cette initiative est une première en France et mérite d'être saluée comme telle.

Outre Christian Harbulot, directeur de l'Ecole de guerre économique (lire "Amis" politique, adversaires économiques), ont participé également à cette conférence, le général de gendarmerie Loup Francart (ci-contre), auteur chez Economica d'un ouvrage, « La Guerre du Sens », dont nous reparlerons bientôt dans ces pages d'IE.
Enfin, autre première : l’intervention de Philippe Darentière, de « Atlantic Intelligence », basé à Nantes, qui a expliqué en détail une opération d'Intelligence Economique offensive dans un cadre franco-français, concernant les foies gras (lire La Bataille des Oies).
Tous les experts sont pour une fois d'accord : depuis l'effondrement du système soviétique, la rivalité économique, domine sur toute autre forme de rapport de force.
Dès lors, explique Christian Harbulot, «l'entrée dans la société de l'information représente pour le monde des entreprises un double défi : savoir utiliser la connaissance comme le levier principal du développement et maîtriser son usage dans les rapports de force concurrentiels globaux et locaux».
Et d'ajouter à propos de la France : «Cette révolution des esprits est une opération particulièrement délicate à mettre en œuvre, car elle se heurte à des inerties. La première d'entre elle est l'individualisme des Français».
Dans les entreprises, «l'information est d'abord un bien personnel qui sert à valoriser l'individu dans l'évolution de sa carrière».
En France, le partage de l'information n'est pas naturel, estime encore Chrisitian Harbulot, nous sommes encore loin du compte, mais des signaux faibles nous laissent présager un dépassement progressif de ces obstacles culturels : les directions d’entreprises donnent aujourd'hui à la connaissance une dimension qu'elle n'a jamais eue auparavant dans la conduite des affaires.
La connaissance n'est plus seulement un instrument d'innovation, elle est devenue une arme décisive de la compétition.
De la guerre de l'information à la guerre du sens il n'y a qu'un pas, que le général Loup Francart franchit sans complexe dès le début de son intervention : « Depuis dix ans, les forces occidentales sont impliquées dans des guerres où les communautés s'affrontent au nom de valeurs propres et revendiquent une légitimité politique qui justifie leur combat ».
De fait «le sens de la guerre crée une guerre du sens par médias et opinion interposés».
Dans ces conditions, précise le général Francart, «la guerre du sens ne peut être évitée, et ne pas vouloir y participer revient à laisser aux autres le soin d'expliquer ce que nous voulons, ce que nous faisons, et ce que nous voulons faire».
Une missive à peine voilée aux politiques français, de gauche comme de droite, qui brillent tous par leur absence, tant leur discours est inexistant dans ce domaine. Le général Francart a ensuite décrit les modes d'action et les techniques qu'engendre une telle guerre.