Une doctrine et une pratique collective :
LA VOIE FRANCAISE,
selon Philippe Clerc

Philippe Clerc est Directeur de l’Intelligence économique à l’Assemblée des Chambres françaises de commerce et d’industrie. Chargé de cours à Paris II (Panthéon-Assas), il fut le rapporteur général du fameux rapport Martre.
Concurrence, conflit, coopération : les PME françaises maîtrisent encore trop mal ce triptyque japonais de l’intelligence économique et stratégique. Mais en cette matière aussi, il est encore possible de rattraper le retard. Voici comment...
Deux études récentes attestent, par les chiffres contrastés produits, de la difficulté qu’il y a à cerner l’entreprise dans sa relation à la concurrence et au marché.
Une étude du Groupe Deloitte & Touche Consulting sur l'industrie dans le monde au XXIème siècle laisse entrevoir un véritable champ de pouvoir pour les entreprises qui maîtriseront les flux de connaissance, gage de l'avantage concurrentiel. Mais, les experts notent que seuls 23 % des industriels disposent de compétences mondiales en matière d'études de marché et de consommation.
L’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) vient de rendre public, à l’occasion d’une journée sur l’intelligence économique et concurrentielle, les premiers résultats d’une enquête auprès de 1200 entreprises françaises de plus de 200 salariés : 51% d’entre elles estiment pratiquer l’intelligence « stratégique ».
«Concurrence, conflit, coopération : les 3 C de base qu’il faut maîtriser»

En ce qui concerne les PME et les TPE (toutes petites entreprises), il apparaît clairement une prise de conscience progressive de la réalité des menaces concurrentielles. Comment pourrait-il en être autrement ?
La concurrence n’est plus «au loin» ; elle se développe sur le marché domestique de l’entreprise au cœur des bassins d’activité. Toutefois - et c’est une remarque valable pour une grande partie de nos entreprises - nous pâtissons en France d’un déficit de culture de la concurrence.
Nous ne maîtrisons pas suffisamment les outils et les méthodes d’analyse des marchés et des jeux de concurrence qui s’y dessinent.
Nous sommes loin encore de maîtriser dans nos affrontements commerciaux les stratagèmes gagnants issus de la conjugaison des «trois C» : concurrence, conflit, coopération, au cœur des actions d’intelligence économique japonaises, et que connaissent bien les TPE italiennes des districts industriels.
Ces constats laissent envisager l’écart qu’il reste à combler pour la majorité des PME confrontées aux nouvelles menaces, aux nouvelles ouvertures surgies de la dynamique de mondialisation : comment créer, animer une marque mondiale, comment affronter la concurrence mondiale accrue et comment détecter, pour y répondre, les atteintes à l’image ou à la réputation, sur la base d’engagements moraux et sociaux à préserver.
En France, les Chambres de Commerce et d'Industrie, dont le métier premier est l'appui au développement économique des territoires et des entreprises, développent en particulier des actions innovantes de mobilisation des entreprises à la pratique de l’intelligence économique, y compris au sein de collectifs en réseau :
- appui à la formulation des besoins, des axes de développement de l’entreprise,
- appui à la veille technologique et aide à l'analyse de la réalité du marché, à l'identification et l’étude des menaces, de possibilités de marché, à la construction de réponses adaptées.
Ces actions se développent dans des partenariats étroits avec les préfets, le ministère des Finances et de l’Industrie, les collectivités locales et le marché privé de l’expertise en la matière, en Basse-Normandie, en région Centre, en Bourgogne, en Picardie, en Bretagne, en Nord-Pas-de-Calais.